10.31.2009

of mic e ... men a t the movies with S and D

Rare Comment by weirdblogger C. Duffy at Mister Shores Cinema Project which
said...

this post from Corry shores delight Deleuze Cinema project reblogified in cinemablogazine ici. thank you Corry

Having reposted the entire particular post here. __________________________Of Mice and Lead. Hawks. Scarface


presentation by Corry Shores
[The following is quotation]


Of Mice and Lead







Gilles Deleuze


Cinema I

Cinéma 1


Chapter 9. The Action Image: The Large Form

Chapitre 9. L’image-action : la grande forme


1. From situation to action: ‘secondness’

1. De la situation à l’action : la « secondéité »



the modes of behavior, however studied they are, are not true habits, true responses to situations, but conceal a fault or cracks which cause them to disintegrate. This is the story of Hawks’ Scarface, where all the hero’s cracks, all the little faults which made him take it too hard, converge in the appalling crisis to which he succumbs on the death of his sister. [Deleuze Cinema I 1986:149]





les comportements, si expérimentés soient-ils, ne sont pas de vrais habitus, de vraies réponses à des situations, mais recèlent une faille ou des fêlures qui les désintègrent. C’est l’histoire de « Scarface » de Hawks, où toutes les fêlures du héros, toutes les petites failles par lesquelles il en faisait trop, so réunissent dans une crise abjecte qui l’emporte avec la mort de sa sœur. [Deleuze Cinéma 1, 1985 :201]



video






Deleuze, Gilles. Cinema 1: The Movement-Image.Transl. Hugh Tomlinson & Barbara Habberjam, London: Continuum, 1986

Deleuze, Gilles. Cinéma 1: L'image-mouvement. Paris: Les éditions de minuit, 1983.







Image 1

Image 2

Re:Posted here
by Radio Deleuze



___OF Mice and Men __________> OrIgiNal Post at there ___________________________



en_ and titled fiction

titled fiction



the delights of censorship


_________________________




going to the movies with corry shoreS...s et prof deleuze ici


______________________This way for the Movies _ Kids! Hurry Up Come on Now the show is Starting!



going to the movies with corryS...s et prof CinEmatic ~deleuze is

(chez

DELEUZE CINEMA PROJECT 1)

the place
you head
in
Friday cinema
at the dark
bed of the bigger
bed
at the
Movie House




et voila

allez vous même

(t there always
You ~
you want tobe
poisoned
you want to be
murdererd!



here

and
so we
see to learn

our wicked leçon
de cette semaine


_________________________





10.30.2009

Schizospère.:Zecret LecTuRz of Dzzz sur ShakEZZpear

______________________________
on dits comme ça


les lecturez clanDeZTine de Gdzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz zur ZhAKEzzzzzzzzzpere Schizospère




_____________________________________ c'est pas compliquée

une des sphères


__________




its the Z in case __________________AnYone WonDerD

Its the Z in tZara and the Z de of lUze



it's the Z makes for the connect ~

10.24.2009

george nivat

O my Russia
f rom Russia with Love and

____________________
_________________________
Ecoutez

Podcast





émission du samedi 24 octobre 2009
Georges Nivat






Né en 1935, à Clermont-Ferrand.
Après une licence de russe et licence d'anglais à la Sorbonne, une "Scholar" à St Antony's College à Oxford, (1957-58 et 1960-61), titulaire du « Oxford Diploma in Slavonic Studies » et agrégé de russe, Georges Nivat devient stagiaire français à l'Université Lomonossov à Moscou (1956-57 et 1959-60), avant d'endosser l'uniforme militaire, et partir pour
l'Algérie où devient Capitaine de réserve.
Sa carrière universitaire débute à Toulouse puis le conduit à Paris-X à la fin des années 60. Professeur à l'Université de Genève depuis 1974, il sera nommé « Professeur honoraire » en octobre 2000, alors qu'il est Directeur de l'Institut Européen de l'Université de Genève de 1997 à 2000.
Parallèlement, il est nommé Expert étranger au "Social Science Research Center" à New-York de 1983 à 1991, alors qu'il dirige la collection Slavica aux Editions "L'Age d'Homme" et collabore aux Editions Fayard à Paris depuis 1995.
Membre du Comité de rédaction des Cahiers du Monde russe à l'Ecole pratique des Hautes Etudes à Paris depuis le numéro 3, coéditeur des Slavica Helvetica, aux Editions Lang à Berne, membre du comité de rédaction de la revue Kontinent (Moscou), de la revue Zvezda à Saint-Petersbourg et de la revue Vestnik Evropy (Moscou).
Aujourd'hui Recteur du Centre universitaire Lomonossov à Genève, filiale de l'Université d'Etat de Moscou, Georges Nivat continue sans relache ses recherches et ses voyages.

















des livres à découvrir






Georges Nivat
Le phénomène Soljénitsyne
Fayard - février 2009

Ce livre embrasse tous les aspects du « phénomène Soljénitsyne » : la naissance d’un athlète de la dissidence, le labeur d’un écrivain comparable à Balzac, l’érection de deux « cathé-drales » d’écriture, L’Archipel du Goulag sur la fabrique d’inhumain en utopie, et La Roue rouge sur le
« déraillement » de l’histoire russe, enfin, le poète-philosophe des
« Miettes en prose », de La Maison de Matriona, des dialogues stoïciens du Premier Cercle.
Alexandre Soljénitsyne lut attentivement la première version de ce livre en russe (publiée à 800 000 exemplaires à Moscou, en pleine perestroïka) et il porta ce jugement : « Une vision littéraire pleine d’acuité, une intuition morale très fine, et des conclusions générales qui visent juste. » (Esquisses d’exil)
Le nouvel ouvrage tient compte de plusieurs remarques envoyées par Soljénitsyne à l’auteur. L’ancien volume est totalement refondu et largement augmenté. Georges Nivat y conduit la réflexion littéraire et morale jusqu’au terme de la longue vie d’écrivain-lutteur d’Alexandre Soljénitsyne.
(Note de l'éditeur)

Attention! En librairie le 25 février





Georges Nivat
Regards sur la Russie de l'An VI
Editions de Fallois - 1998


En 1993, Georges Nivat fit paraître un premier journal de voyage, Impressions de voyage, l'an I. L'ouvrage parlait de la naissance d'un pays à la liberté politique, religieuse, quotidienne. L'an I, c'était 1991, ou l'avènement de la Russie non communiste. Chaque année, depuis lors, Georges Nivat se rend à Moscou et en province, en Ukraine aussi. Ce nouveau livre rapporte les impressions des voyages de l'an V et de l'an VI, c'est-à-dire de 1996 et 1997. Le voyage s'entremêle étroitement à l'essai, à la réflexion sur l'espace russe, sur le rôle de la religion, se pose des questions sur la "révolution d'en haut", réfute le mythe bien ancré du despote éclairé. Retrouver des formes bien à lui, tout en s'ouvrant largement au monde, tel est un des problèmes de ce pays aux neuf fuseaux horaires. Georges Nivat est considéré comme l'un des grands slavistes français contemporains. Il est professeur de littérature et civilisation russes à l'université de Genève.
- Note de l'éditeur -





Geoges Nivat
Vers la fin du mythe russe : essais sur la culture russe de Gogol à nos jours
L'âge d'homme - 1982


Vers la fin du mythe russe est un recueil d'articles et de textes écrits entre 1971 et 1941, organisés et complétés de manière à offrir un itinéraire à travers la culture russe depuis Gogol jusqu'à nos jours. Le fil conducteur est l'élaboration par la littérature et la culture russes d'un « mythe » ou d'une « idée russe », comme a dit Berdiaeff.

Ce mythe veut que la Russie soit une part d'Europe, préservée des maux occidentaux : capitalisme, individualisme, égoïsme. « Le peuple russe nie la propriété », écrivait Tolstoï. La prédisposition russe au nomadisme, à l'égalitarisme, au millénarisme habita Tolstoï, agita l'intelligentsia, nourrit la réflexion de Dostoïevski. Rêve iconoclaste et simplificateur que dénoncèrent quelques rares voix russes.

Vers la fin du mythe russe étudie les « fondateurs du mythe » au XlXe siècle, puis les querelles sur cette « voie russe ». Fascination des années vingt par la « tabula rasa », débat sur le « mythe mongol », émergence des voix nouvelles d'outre-Goulag, soif spirituelle dans l'URSS d'aujourd'hui : tels sont quelques-uns des thèmes abordés.
« Nous ne sommes pas des médecins. Nous sommes le mal. Ce qui sortira de nos geignements et de nos gémissements, nul ne le sait, mais le mal s'est déclaré », écrivait Herzen en 1863, et la pensée douloureuse de Herzen reste plus actuelle que jamais. Le livre, écrit par un russisant français, récuse une tendance russo-phobe dans la réflexion occidentale d'aujourd'hui sur l'URSS. Il fait le point sur notre perception de la Russie, une perception marquée au XVIIIe siècle par le « mirage russe », au XIXe siècle par le « mythe russe » et aujourd'hui par le « ciel de la Kolyma ». Il met en relief une certaine littérature de la résistance morale dans l'URSS d'aujourd'hui et il rappelle que les poètes de langue russe ont poursuivi - sous le regard même de la Terreur - leur « ministère » d'innocence et de lucidité.

- note de l'éditeur -





Georges Nivat
Vivre en russe
l'Age d'homme - 2007

Voir le site

Slaviste de renommée mondiale, Georges Nivat propose ici un chemin au travers des grandes problématiques de la culture russe, tout en indiquant quel a été son propre parcours. Aussi cet ouvrage ressortit à l’autobiographie intellectuelle comme à l’histoire de la culture. Les clés de la culture russe – orthodoxie, utopie, fuite hors du monde, complexe de l’échec, éclairent des relectures de Pouchkine, Dostoïevski, Tolstoï, Tchékhov, Blok, Biély, Chalamov et Soljénitsyne. Le « menti-vrai » de l’idéologie communiste y est étudié, ainsi que la presque « indicibilité » du goulag en tant qu’image honteuse pour l’homme survivant. De courtes analyses des auteurs actuels voisinent avec de longues plongées dans l’univers des « grands visuels » russes comme le peintre et graveur Alexeieff, le cinéaste Sokourov, ou le peintre Music. Des échappées vers la littérature française avec Volkoff, ou serbe avec Tchossitch, élargissent l’horizon de la « russitude ». L’instabilité de la conscience nationale russe s’éclaire au fil du livre, ainsi que ce primat du spirituel qui pousse l’homme russe à la fuite hors du monde ou à la dissidence, et amena le poète Pouchkine à s’inspirer du grand poète puritain anglais Bunyan et de son Voyage du Pèlerin. L’incertitude sur la place de la Russie dans l’Europe, croisement contradictoire des axes Nord-Sud (des Varègues aux Grecs) et Ouest-Est (le mouvement eurasien) amènent l’auteur à une conclusion relativement pessimiste sur ce qu’est aujourd’hui la « traversée d’Europe », le « désir d’Europe » qui jadis poussa le poète suisse Blaise Cendrars vers le mirage de la « légende de Novgorod ».
Journal de son propre désir de Russie et mise en perspective de ses études sur la littérature et la culture russes, Vivre en russe, que propose aujourd’hui Georges Nivat, clôt une trilogie dont les premiers tomes furent Vers la fin du mythe russe et Russie-Europe: la fin d’un mythe.
- Présentation de l'éditeur -

10.11.2009

deleuze /badiou


" Nous cherchons à déterminer un champ transcendantal, impersonnel et préindividuel, qui ne ressemble pas aux champs empiriques correspondants et qui ne se confond pas pourtant avec une profondeur indifférenciée " Logique du sens, p. 124. La question de la métaphysique de Deleuze est sans doute la question la plus complexe d’une (...)
1 Drôle de livre. Ou plutôt, pas drôle du tout Il n’est pas " joyeux ", mais lourd, massif, répétitif. Il pèse sur la pensée du lecteur, comme s’il voulait y vriller une seule vérité obsessionnelle (la philosophie de Deleuze est une métaphysique de l’Un). Nous sommes loin de l’esprit deleuzien, loin de son mouvement (...)

_________________________________ Via Multitudes links included.

Badiou/Deleuze_ from Multitudes late 9o's

Mise en ligne avril 1998

"C’est une histoire étrange que celle de mon non-rapport à Gilles Deleuze..."
A. Badiou

Pour introduire aux articles d’Arnaud Villani et de José Gil composant le présent Dossier, il était tentant de présenter la Scène du " non-rapport " montée par Alain Badiou dans son récent Deleuze. La clameur de l’Être (Hachette, collection " Coup double ", 1997) en mettant en rapport la forte expectative à laquelle ce livre a donné lieu (outre la personnalité philosophique de l’auteur, suffisant à faire de cet ouvrage un " événement ", la rumeur évoquait de façon insistante une correspondance suivie avec Deleuze) et les mises au point qu’il n’a pas tardé à susciter.
J’ai été ainsi amené à suivre le fil que m’offrait deux citations de Différence et répétition, heureusement rassemblées sur une même page d’A. Villani.



____________ See next posting for the essays Alliez speaks of.

" [...] lorsque la communication est établie entre séries hétérogènes [...] quelque chose "passe" entre les bords, des événements éclatent, des phénomènes fulgurent. "

Faut-il rappeler que le non-rapport et l’absolue hétérogénéité entre les œuvres de Deleuze et de Badiou n’interdisent pas - par la centration opérée par ces deux pensées sur la notion d’événement, avec l’affirmation d’une immanence absolue et le refus de toute transcendance s’ensuivant - certaines " similitudes politiques " en leur critique commune de ces catégories abstraites qui ont nom l’Homme, le Droit, l’Autre, etc. ? Ajoutant aussitôt que la mise en communication entre ces deux philosophies (qui ne font pas mystère de leur " indifférence œuvrante au regard du thème partout répandu de "la fin de philosophie" " [p. 13]) s’annonçaient d’autant plus réjouissante que leur point de croisement se manifesterait nécessairement " au bord du vide ", en un effet de chiasme mettant aux prises les deux paradigmes de la pensée du multiple : " le paradigme "vital" (ou "animal") des multiplicités ouvertes (dans la filiation bergsonienne) " et le " paradigme mathématisé des ensembles... " (p. 11). Soit, d’un côté, une théorie vitaliste des multiplicités intensives dont l’horizon historico-philosophique revendiqué n’a jamais cessé d’être celui de l’univocité de l’être ; de l’autre, une ontologie axiomatique du multiple numérique entée sur une théorie des ensembles qui doit et ne doit pas compter pour un le multiple [1]... De là, l’intérêt à suivre la piste des Ensembles / Multiplicités pour comprendre comment nos deux philosophes peuvent se trouver en état de superposition sur un certain nombre d’énoncés cruciaux participant de l’identification de la philosophie à l’ontologie tout en s’opposant radicalement sur leur sens. Entreprise d’autant plus intrigante aussi, qu’il apparaissait de plus en plus clairement, depuis le compte rendu critique du Pli (dans l’Annuaire philosophique 1988-1989) et l’exposition contrastante qui y était risquée, que c’était " vis-à-vis de Deleuze [...], et de nul autre " (p. 11) que Badiou inscrivait sa tentative. Allait-il répéter avec la même loyauté l’exercice en traitant cette fois de l’ensemble de la philosophie deleuzienne (avec sa part deleuzo-guattarienne, la plus difficilement assimilable, y compris dans ses attendus politiques, pour qui énonce qu’" une vérité est comme telle indifférente aux différences " [2]), ou s’essayer à faire un enfant dans le dos de Deleuze, selon l’image utilisée par le philosophe pour exprimer son rapport à l’histoire de la philosophie ? Fallait-il encore que cet enfant fut effectivement le sien pour que l’on puisse, par exemple, en se référant au Foucault de Deleuze, " soutenir indifféremment que l’énoncé en question devient du Foucault, ou qu’il aura été du Deleuze " (p. 26)... Ou pour le dire autrement : le portrait pourra être paradoxal mais il devra être fidèle - selon les termes de Badiou lui-même - à la poussée produite, sur Deleuze (ou Badiou), de ce qui à travers Foucault (ou Deleuze) fait cas d’une autre poussée, d’une autre contrainte. J’y insiste, au moment d’ouvrir ce " débat ", car la question d’une possible analogie entre le Foucault de Deleuze et le Deleuze de Badiou ne manquera pas d’être posée, au moins au niveau de leur réception négative par les " disciples ", ou supposés tels. Mais comme le dit excellemment Frédéric Gros dans un article qui ne dissimule pas son " ancienne répugnance " pour le Foucault de Deleuze : " comprendre un auteur pour Deleuze, c’est d’une certaine manière le fonder d’abord " afin de délivrer " la métaphysique inhérente à une œuvre " - et c’est bien " le contraire du narcissisme que de rêver selon des coordonnées étrangères ", en continuant le rêve d’un autre. [3] Ce que n’autorise guère la position du vis-à-vis...
Sans doute Badiou nous objectera-t-il l’essentielle monotonie, chez Deleuze, d’une " étroite batterie de concepts ", de " leur reprise presque infinie " (p. 26), qui viendrait par ailleurs contredire à " l’inépuisable variété du concret " (p. 25) dont se réclame pourtant explicitement le vitalisme deleuzien. C’est le " conseil de travail " adressé à Jean-Clet Martin : " il y a toujours intérêt, dans les analyses de concept, de partir de situations très concrètes, très simples, et non pas des antécédants philosophiques ni même des problèmes en tant que tels (l’un et le multiple, etc.)... " [4]
Cette parenthèse nous fait entrer dans le vif du sujet : à savoir qu’en se maintenant au niveau du problème de l’opposition catégorielle de l’un et du multiple, et indépendamment de la réelle beauté de certaines pages, Alain Badiou a improvisé un deleuzisme bricolé et atone dont le " platonisme " supposé - supposé rétablir la vérité du deleuzisme contre Deleuze lui-même [5] - a pour fonction de permettre sa " relève " par un platonisme authentique enfin restitué dans la philosophie de Badiou (cf. pp. 148-150, in fine).

J’en arrive à ma seconde citation : " L’identité de l’un comme principe, c’est là la plus grande, la plus longue erreur ". Je serai bref : les deux articles que l’on va lire développent au mieux la question en litige. Elle engage le sens même de l’œuvre de Deleuze. Or on conviendra que cette œuvre serait d’une cohérence pour le moins aléatoire si son but n’était autre que de plier la pensée à une " métaphysique de l’Un " telle que " le multiple soit intégralement pensable comme production de simulacres " (p. 20) au sens où l’entend Badiou puisque c’est dans le même ouvrage - Différence et répétition - que l’on rencontre à la fois la notion de simulacre et la solennelle mise en garde contre le principe de l’Un, à laquelle renvoie en revanche toute interprétation du simulacre identifiant le " jeu de la différence individuante [...] dans l’espace de l’être univoque ouvert par toutes les formes " [6] à l’idée d’une " différence qui n’a aucun réel " (p. 41). Et on est alors, par cette différence fictive, dans le cadre d’un platonisme : un " platonisme du virtuel ", pour n’avoir pas opposé aux catégories de l’un et du multiple des notions d’une autre nature irréductibles au dualisme heideggerien de l’Être et de l’étant. Voudrait-on avancer que la théorie de l’univocité de l’être implique précisément un " concept renouvelé de l’Un " (p. 20) en excès par rapport à la seule " identité de son principe " (ce qui est incontestable), qu’il faudrait alors compter avec les trois moments de l’histoire de l’univocité (Duns Scot - Spinoza - Nietzsche) et sa concrétisation progressive [7] qui aboutit chez Deleuze (par Riemann et Bergson) au déplacement définitif de toute " dialectique " (fût-elle " différentielle ") de l’un et du multiple au profit de la notion de multiplicité comme opérateur d’un empirisme et d’un monisme supérieurs. Indiquant par là que c’est maintenant la " rigoureuse détermination de l’Être comme Un " qui exige une théorie des multiplicités (Un = multiplicités). [8] Ce qui le conduit, en ce temps qu’il énonce être celui de la constitution de sa propre philosophie (après la rencontre avec Guattari, cf. Pourparlers), à renoncer à la notion même de simulacre en ce qu’elle reste prise dans le travail de déconstruction du platonisme. Écoutons une dernière fois Deleuze : " Vous voyez très bien l’importance pour moi de la notion de multiplicité : c’est l’essentiel. Et [...] multiplicité et singularité sont essentiellement liées ("singularité" étant à la fois différent d’ "universel" [9] et d’ "individuel"). "Rhizome" est le meilleur mot pour désigner les multiplicités. En revanche, il me semble que j’ai tout à fait abandonné la notion de simulacre, qui ne vaut pas grand chose. Finalement, c’est Mille plateaux qui est consacré aux multiplicités pour elles-mêmes (devenirs, lignes, etc.). " [10] Mais de la transition du binôme constitué par Différence et répétition et Logique du sens à l’extraordinaire création de concepts à laquelle ont donné lieu les ouvrages co-signés avec Guattari (L’Anti-Œdipe, Mille plateaux, Qu’est-ce que la philosophie ? ...), on ne trouvera nulle trace, nulle écho dans le " monotone " Deleuze de Badiou. [11] Sauf à rapporter à Deleuze lui-même l’image " libertaire " (peu compatible avec le métaphysicien de l’Un, platonicien malgré lui) dont on a prétendu philosophiquement l’extraire... Ce qui eût le mérite de restituer son assise réelle à la polémique. Polémique, polemos : un terme qu’aime à employer Badiou pour l’associer à sa propre conception de la philosophie, et à son désir de " renouer avec les grandes controverses classiques, qui n’étaient ni des enfermements chagrins, ni de petits "débats", mais de fortes oppositions cherchant à couper court vers le point sensible où se disjoignent des créations conceptuelles différentes " (p. 13).
Deleuze aurait-il abruptement interrompu leur correspondance, une correspondance qui ne pouvait que hanter les pages de ce livre puisqu’en avait été formellement interdite toute publication, parce que Badiou n’a pas su se tenir à l’esprit de cette proposition ? Quelle place reste-t-il en effet à la différence et à la créativité de la pensée deleuzienne dans les reconstructions qu’il en propose ? Question d’autant plus vive pour le philosophe définissant sa tâche en tant que création de concepts, et sa propre philosophie comme un " système " (où il se sentira " un philosophe très classique ") pour autant qu’il " ne doit pas seulement être en perpétuelle hétérogénéité " (niveau du multiple) : " il doit être une hétérogenèse, ce qui, il me semble n’a jamais été tenté. " [12] Ce qui présuppose qu’il soit expérimentation de la multiplicité comme productrice de singularités selon un procès de différenciation. Voilà " le point sensible " où " se disjoignent " les " créations conceptuelles différentes " de Badiou et de Deleuze. C’est aussi, chez ce dernier, le point où convergent en une politique de l’être métaphysique de l’univocité et théorie des multiplicités. Il configure, dans le concept qualifié de multiplicité [13], l’unité de la pensée deleuzienne, une unité toute d’immanence singulièrement absente du Deleuze d’Alain Badiou par les devenirs qu’elle implique.

[1] Une grande partie de L’Être et l’Événement (Ed. du Seuil, 1988) est ainsi consacrée à montrer que la question de l’événement - en tant qu’" un-non-un " - est indécidable du point de vue de la mathématicité du multiple en situation, toujours compté pour un dans l’évidence de sa présentation. On dira donc que " l’éclat du trait-d’un " qu’il exhibe est propre au signifiant surnuméraire. L’opération visant à construire le " mathème " de l’événement est suffisamment complexe pour mobiliser la mathématique moderne comme ressource de l’ontologie.

[2] A. Badiou, L’éthique. Essai sur la conscience du Mal, Hatier, 1993, p. 27. Et plus haut : " Philosophiquement, si l’autre est indifférent, c’est bien que la difficulté est du côté du Même ".

[3] F. Gros, " Le Foucault de Deleuze : une fiction métaphysique ", Philosophie, n° 47, 1995, pp. 54-55. L’auteur indique que son tournant s’est opéré à la lecture des notes inédites publiées dans le Magazine littéraire (oct. 94) : en fonction de l’hésitation scrupuleuse selon laquelle " Deleuze rend compte de ce qu’il a déjà compris, c’est-à-dire ce qu’il a déjà transformé ".

[4] G. Deleuze, " Lettre-préface " à J.-C. Martin, Variations. La philosophie de Gilles Deleuze, Payot, 1993, p. 8.

[5] Vérité d’un " platonisme bricolé " (p. 68) quand Deleuze place sa philosophie sous le signe d’un renversement du platonisme, " montage d’opinion [...] qui circule de Heidegger à Deleuze, de Nietzsche à Bergson... " (p. 149). Vérité d’un " platonisme ré-accentué " (p. 42) en l’espèce d’un " platonisme du virtuel " (p. 69) maintenant le " caractère fictif du multiple " (p. 46) dans la lecture de Badiou. Il s’ensuit que " le fondement virtuel de Deleuze reste une transcendance " (p. 69)...

[6] G. Deleuze, Différence et répétition, PUF, 1968, pp. 387-388. Et " l’ouverture appartient essentiellement à l’univocité "...

[7] Ibid., pp. 57-61. Selon Deleuze, l’être univoque scotiste est encore " neutralisé " par son abstraction.

[8] Badiou écrit " classiquement " : " la pensée du multiple exige une rigoureuse détermination de l’Être comme Un " (p. 69). Ou " multiplicités = Un " (p. 84). Et c’est bien la première proposition d’une pensée de l’immanence. On notera ici que son écriture formalisée est encore susceptible d’une interprétation " platonicienne "... Ce qui n’est pas le cas de son écriture renversée en " Un = multiplicités ", systématiquement explorée dans Mille plateaux selon la formule MONISME = PLURALISME.

[9] Si Badiou s’inscrit à sa façon dans un " retour ", c’est bien celui du " retour à l’universel " auquel il entend arrimer la notion de singularité. Cf. Saint Paul. La fondation de l’universalisme, PUF, " Les Essais du Collège International de Philosophie ", 1997.

[10] G. Deleuze, " Lettre-préface " à J.-C. Martin, Variations.

[11] À l’exception d’une mention à la " conception proprement machinique " de Deleuze (p. 21). Mais la dimension constructiviste de cette conception, centrée sur la notion d’agencement, a disparu dans un " toujours déjà-là "...

[12] G. Deleuze, op. cit.

[13] Cf. G. Deleuze, F. Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Minuit, 1993, " 1. Qu’est-ce qu’un concept ? " : un concept est une multiplicité (en tant que tout fragmentaire), a un devenir (qui concerne son rapport avec des concepts situés sur le même plan)... Bref, le concept est une hétérogenèse.



_________________ Text via Multitudes